La démangeaison causée par l'herbe sur laquelle Rebecca était allongée lui fait ouvrir les yeux. Tout de suite, son regard devint suppliant, et elle se mit à gémir faiblement.
« — Pas encore... murmura-t-elle . S'il vous plaît, pas encore... »
Mais son cauchemar était bien réel. Elle rêvait, encore une fois, d'une mort. Elle se sentit se lever, contre sa volonté, et marcher en direction d'un ruisseau. La jeune femme regarda autour d'elle : elle était dans un bois, comme à chaque fois, et bientôt elle le verrait. Ces corps, Rebecca ne les comptait plus. Quand elle ne prévoyait pas, elle se souvenait de tout, et dormir était devenu peu à peu pour la jeune fille une torture.
Le pire, dans ses rêves, c'était de ne rien contrôler. Elle était là, elle sentait tout. Le vent, l'herbe sous ses pieds nus, et elle portait même son pyjama. Pourtant, tout échappait à son contrôle, et même le clignement des yeux ne lui était pas accordé. Elle tourna la tête, malgré elle, encore. Il était là, et elle s'approchait pour le voir de plus près. Le corps était, comme toujours, allongé près de la rivière, les yeux vitreux et un sourire éternel figé sur son visage. C'était un homme d'une quarantaine d'années. Plutôt grand, les cheveux blonds et le front ridé.
D'un un sursaut, Rebecca ouvrit les yeux. La première chose qu'elle fit fut de prendre une grande respiration, suivie de quelques halètements. Enfin, quand son souffle se fit régulier, lorsque son c½ur reprit une allure régulière et normale, elle se décida à ouvrir les yeux. Heureusement pour elle, le soleil était déjà levé : rester dans le noir après avoir rêvé de cadavre avait un petit côté morbide et vraiment effrayant. Petit à petit, comme à chaque fois que ça arrivait, Rebecca s'efforçait de vider sa mémoire. Un jour, elle l'espérait, les rêves s'arrêteraient comme ils avaient commencé. Alors, elle retournerait dans son appartement, et pourrait enfin dormir tranquille. En attendant, elle tentait de se trouver le plus de courage possible en elle pour tout surmonter.
Elle s'habilla, se coiffa et descendit dans la salle à manger pour prendre son petit déjeuner. Tout le monde était déjà là, et Rebecca se doutait qu'il devait être tard, vu que c'était les vacances.
« — Rebecca, chérie ! s'exclama Molly en la voyant arriver. Bien dormi ?
— Bonjour, Mrs Weasley, répondit-elle. Bonjour tout le monde, ajouta-t-elle en regardant à la table.
— Tu as de la chance, on vient juste de commencer. Les garçons mangent tellement qu'il ne te serait rien resté. »
Rebecca sourit et s'assit près de la petite rousse, qu'elle devinait comme étant Ginny. Mrs Weasley fondit sur elle au moment même où elle posait les pieds sous la table pour lui servir du bacon, des toasts et des ½ufs.
« — Tu es bien maigrichonne, je trouve ! s'exclama Molly en la regardant de haut en bas.
— Ben voyons... murmura Ginny. »
S'efforçant de manger l'intégralité de son repas pour ne pas paraître impolie, Rebecca passa un bon moment en compagnie de la famille Weasley. Quand elle était à Poudlard, ils avaient tous beaucoup fait parler d'eux, surtout lors de sa sixième année. En effet, Rebecca était au premier rang pour apprécier la « fuite » des jumeaux Weasley. Charlie, elle ne le connaissait pas vraiment, elle savait juste qu'il avait été capitaine de l'équipe de quiddich, et avait fait gagner Gryffondor plus d'une fois. Ginny, quant à elle, était connue surtout pour être sortie l'année dernière avec Harry Potter. Le couple avait été celui dont on avait le plus parlé, et même si Rebecca était déjà partie de Poudlard, elle en avait entendu parler du fin fond de sa campagne profonde.
Quelques heures plus tard, l'entièreté de la famille avait transplanée (Rebecca avec Molly par escorte) devant la « Chaumière au coquillage », la nouvelle maison de Bill et Fleur Weasley, d'autres membres de la famille. Rebecca fut très surprise de constater que le « Q.G » de la société secrète était si accueillant. Elle y réfléchit à deux fois avant de se frapper pour avoir refusé l'invitation de Remus Lupin, mais décida que finalement la compagnie humaine était bien plus agréable, même si elle n'était pas encore à l'aise. Mais cela viendrait, elle le savait.
L'intérieur de la maison était aussi agréable que l'extérieur. Tout était réellement parfait : Rébecca avait l'impression de se trouver dans un conte de fées. Dès leur arrivée devant la maison, une femme magnifique vint nous accueillir avec un grand sourire : ses cheveux blond-argenté ondulaient sous un vent qui n'était pas présent, ses gestes étaient mesurés et élégants. Fleur Weasley, sûrement. Elle les invita à entrer et à nous asseoir autour de la table en bois présente dans la salle à manger. Ginny fût invitée à monter à l'étage avec Fleur, sois disant pour lui montrer une chose qui durerait plus d'une heure. Bon gré mal gré, la rousse s'exécuta, et elle monta avec une moue ennuyée.
Et là, en voyant le sourire des frères Weasley face à leur petite s½ur, une chose lui manqua cruellement. Des amis, elle s'était habituée à ne pas en avoir depuis près d'un an. Mais maintenant, de nouveau dans une société (bien qu'elle soit réduite), elle ressentait le besoin de se lier avec d'autres personnes que son journal intime (même si elle ne le tenait plus à jour, les rêves étant devenus trop nombreux pour pouvoir tous les retranscrire). Jetant un coup d'½il aux alentours, elle remarqua un trou béant au niveau de l'endroit où devait se trouver l'oreille d'un des jumeaux. Maintenant qu'elle avait un moyen de les différencier, elle se souviendrait sûrement mieux de leurs noms. Remus Lupin arriva finalement, accompagné de sa femme, Tonks. Il lui en avait parlé une fois, lors de l'une de leurs rencontres au chaudron baveur. Rebecca les salua d'un signe de tête, et Lupin lui accorda un sourire qui se voulait encourageant, même si il ne réussit qu'à creuser une porte dans l'esprit de la jeune femme que le doute s'empressa d'emprunter : de quoi devait-elle avoir peur ?
Autour d'un café, la réunion débuta.
« — Alors ? demanda Lupin à Rebecca, et personne ne comprenait de quoi il parlait. Vous avez rêvé, cette nuit ?
— Oui, répondit-elle faiblement, regardant ailleurs. Un homme grand, blond, d'une quarantaine d'années, et comme je ne l'avais pas vu avant, je ne saurais vous en dire plus. »
Le regard incrédule des autres occupants de la table interpella Remus. Il lui lança un regard surpris.
« — Vous ne leur avez rien dit ?
— Pour ma défense, j'ai passé ma journée à dormir et le repas du soir est bien trop important pour risquer de le gâcher avec ces histoires morbides.
— Quelqu'un pourrait bien m'expliquer de quoi vous parlez, tous les deux ? les interrompit Tonks. Parce que, les cachotteries c'est drôle quand personne ne sait que vous en faites...
— Rebecca voit des morts pendant son sommeil.
— En fait, je les vois avant qu'ils ne meurent. Lupin s'est mis en tête de tous les sauver un par un, et cela fait quelque temps qu'il se penche là-dessus, même s'il n'a pas encore réussi. »
Le silence s'installa devant cette déclaration. Tout le monde avait l'air surpris.
« — On voit souvent des choses étranges, dit le jumeau avec une oreille sur le ton de la rigolade, mais ça, c'est vraiment trop bizarre. »
A la grande surprise de Rebecca, cette blague fut la seule que quelqu'un ai dite sur son « don ». La discussion autour de ce sujet continua quelque peu, puis ils embrayèrent sur un autre sujet : aider Harry Potter, même s'ils ne savaient pas où il était allé. Bill eut l'idée de créer une radio transmise magiquement et protégée, et la motion fut adoptée. La préparation prendrait sûrement quelques semaines, et la famille Weasley du Terrier devait se charger de sa création. Rebecca se sentait étrange, elle avait la drôle d'impression d'être acceptée tout en ne l'étant pas. Elle voyait bien qu'ils essayaient de ne pas parler de certains sujets devant elle, et cela ne lui déplaisait pas plus que ça. Porter la responsabilité de certains secrets lui donnerait des envies de les crier au monde entier, elle le savait. La réunion ne s'attarda pas plus, car Ginny descendit. Lupin glissa un petit mot à l'oreille de Rebecca avant de partir, lui promettant de faire en sorte de trouver l'homme, même si c'était stupide de chercher quelque chose qu'il ne trouverait définitivement pas. Mais l'espoir fait vivre, n'est-ce pas ?
Le déjeuner ainsi que le dîner se déroulèrent à la chaumière aux coquillages. Rebecca trouvait cela tellement agréable qu'elle aurait voulu que ce moment ne se termine jamais. Malheureusement, la nuit tomba et les Weasley furent contraints de rentrer chez eux, accompagnés par leur invitée. C'est dans le salon, autour d'un lait de poule, que se termina la journée. Le moment approchait ou la jeune femme serait obligée de monter à sa chambre comme les autres, et le moment aussi où elle se retrouverait seule en essayant de penser à autre chose que cette solitude. Ainsi, Ginny et Charlie furent les premiers à monter au lit, suivis par Fred et George. Pour ne pas retarder Molly et Arthur qui devaient attendre par politesse qu'elle se rende dans sa chambre, elle montait aussi. Elle n'enfila pas un pyjama : il lui donnait trop envie de dormir. Sans me mettre sous les draps, laissant le froid envahir son corps pour se tenir éveillée, elle s'assit sur le lit.
Elle ne savait pas ce qui avait poussé Fred à faire un geste comme celui-ci, mais quelques minutes plus tard, le jumeau toqua à la porte, et sans attendre une réponse quelconque, entra. Il avait un livre à la main, et cette attention réchauffa le c½ur de Rebecca.
« — Je pensais que tu voudrais de ça... murmura-t-il. Pour rester éveillée. »
Un sourire, maigre, mais bien présent, éclaira le visage fatigué de Rebecca.
« — Merci, répondit-elle en se levant et en prenant le livre qu'il lui tendait. Ça va m'être d'une très grande aide.
— Je peux rester avec toi, si tu veux. Il se peut que je tombe raide mort de fatigue, mais je peux.
— Tu sais, ce n'est pas obligé...
— Alors je reste, affirma-t-il en s'asseyant par terre, juste devant le lit de Rebecca. Puisqu'on en est à causer à de tout et de rien à 2 heures du matin, parle-moi un peu de toi.
— Oh... heu... J'ai eu 19 il y a deux semaines, et j'étais à Poudlard chez les Poufsouffle. Mes parents sont des moldus, mais nous nous sommes disputés il y à peu, et depuis je n'ai plus de nouvelles. En classe, je n'étais pas très forte, j'ai abandonné l'arithmancie et la divination dès que j'ai eu mes BUSE, et ma matière préférée était les runes anciennes. J'ai eu presque toutes mes BUSE et mes ASPIC. »
La nuit passa si vite que Rebecca avait l'impression qu'elle n'avait duré qu'une heure. Fred buvait ses paroles, comme elle buvait les siennes. Quand le soleil pointa son nez, il s'autorisa à retourner dans sa chambre et Rebecca dormi quelques minutes. Juste assez pour reprendre des forces.